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Le 20 novembre 2011

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Les raisons d'un tel succès

Comme nous l'avons vu précédemment, l'introduction du manga en France résulte avant tout des nécessités du marché télévisuel à la fin des années 70. Durant les années 80, c'est une vraie course à l'audience qui s'est engagé entre les différents programmes de chaque chaîne destinés à la jeunesse, par animes interposés. Mais quelles sont les raisons de telles audiences ? Qu'est-ce qui a autant plu aux téléspectateurs et qui a ensuite conquis les lecteurs de mangas ?

L'exemple Goldorak
Tout d'abord, nous pouvons analyser le public qui s'est intéressé aux premiers animes diffusés à l'époque. On y trouve le public effectivement ciblé par ces programmes : les enfants. Mais pas seulement. Les adolescents se sont aussi vite intéressés aux animes. Prenons l'exemple de Goldorak : il se différencie des dessins animés occidentaux de l'époque par un scénario de science fiction innovant, d'autant qu'à l'époque, c'est la folie Star Wars qui débute (le premier épisode Un nouvel espoir étant sorti un an plus tôt). Du point de vue de la réalisation, c'est du jamais vu, bien que l'animation soit plus faible que celle d'une oeuvre occidentale. Ce défaut est compensé par une mise en scène dynamique et cinématographique, avec divers types de cadrage, allant du gros plan insistant sur les visages des personnages au plan large laissant place à la contemplation d'un décor. On y trouve également la célèbre technique du face à face entre deux personnages (un de dos, un de face) avec un mouvement ("scrolling") de caméra, simulé par le glissement de deux calques devant un décor. La série comporte également de nombreuses scènes d'action, efficacement mises en scène comme un film de cinéma.

Une narration innovante
L'une des innovations majeures apportées par le manga est que les séries se suivent comme des feuilletons. Ainsi, cela permet de développer des scénarios parfois complexes, contrairement au dessin animé occidental dont les épisodes étaient autant d'histoires séparées qui ne présentaient pas de continuité dans leur déroulement. La trame en feuilleton permet de développer le scénario, mais aussi un univers propre à chaque série, ainsi que des personnages fouillés et aux psychologies parfois complexes. Ces derniers évoluent au fil de l'histoire et engrangent de l'expérience grâce aux évènements qu'ils traversent. Les flashbacks sont d'ailleurs courants dans le manga et surgissent souvent lorsqu'un protagoniste se remémore un évènement particulier. Cette technique est aussi utile pour les spectateurs ou les lecteurs qui auraient manqué un épisode important. Les personnages parfois grandissent et mûrissent, mais ils restent rarement immuables tout le long d'une série.

Des mangas pour tous
Une des particularités du manga est qu'il en existe des styles pour tous les publics. On les classe en plusieurs catégories afin de les différencier et de définir le public auquel ils sont adressés. Parmi les plus populaires, on trouve les mangas de type shônen, destinés à l'origine aux jeunes garçons. Ce genre regroupe de nombreux mangas à succès tels que Goldorak, Captain Tsubasa, Dragon Ball, ou récemment Naruto. Il est le plus souvent question de science fiction, de mecha, d'histoires sportives, de la vie de lycéens ou d'aventures faisant la part belle aux affrontements entre les personnages. Les mangas de type shôjo, destinés aux adolescentes, ont aussi un très grand succès. Ce genre regroupe entre autres des récits de romances (Nana), de jeunes filles aux pouvoirs magiques (Sailor Moon, Card Captor Sakura) et d'histoires sportives ayant comme personnages principaux des jeunes filles (Jeanne et Serge).

S'il y a un marché que les mangas ont réussi à s'accaparer faute de concurrence sérieuse, c'est bien celui de la bande dessinée pour adolescents, grâce à des thèmes jusque là jamais abordés dans la bande dessinée franco-belge. Le shônen et le shôjo sont les deux genres ayant le plus de succès en France. Dans les années 90, lors de leur apparition en France, les jeunes ne se retrouvaient plus dans les bandes dessinées franco-belges. Les Tintin, Astérix et autres, personnages intemporels et immortels, lassent alors les jeunes lecteurs. Ils ne se retrouvent pas dans ces personnages qu'ont connus leurs parents et même leurs grands parents et qui sont tellement éloignés d'eux. Dans les mangas shônen et shôjo, les personnages sont souvent des adolescents. Il est donc facile pour le lecteur de s'identifier à un héros de la même tranche d'âge. Ces héros sont ensuite appelés à évoluer tout au long du scénario du manga, et à côtoyer d'autres personnages charismatiques parfois récurrents qui évolueront de même. Parfois, le rythme de publication soutenu aidant, le héros prend de l'âge en même temps que le lecteur-spectateur, ce qui renforce l'identification et l'attachement à ce héros.

Le shônen et le shôjo ne sont pas les deux seuls genres existants, loin de là. Parmi les plus populaires on trouve les seinen. Ce genre est destiné à la base à de jeunes adultes. Les thèmes abordés dans les œuvres sont plus matures, et la violence (tant visuelle que psychologique) est plus présente et plus crue, bien que présente régulièrement dans certains shônen. Les possibilités de scénarios sont ici très libres, les personnages ont fréquemment des psychologies très étudiées et exploitées en tant que telles par le scénario. Un des plus célèbres mangas seinen est la sanglante épopée médiévale Berserk. Les seinen peuvent aussi aborder des problèmes de société japonais, comme par exemple le système hospitalier dans Say Hello To Black Jack. Les seinen sont très appréciés, entre autres, des lecteurs qui ont vécu pendant leur enfance les grandes heures de l'anime à la télévision pendant les années 80 et 90. Le pendant féminin du seinen est le josei.

D'autres genres plus spécifiques existent, comme les yaoi (romances entre personnages masculins), les yuri (romances entre personnages féminins) ou même les hentai (mangas pornographiques). Il existe vraiment des mangas pour tous les publics, toutes les tranches d'âge, ce qui explique pourquoi ils plaisent à un public aussi large.

On peut aussi évoquer les longs métrages de Hayao Miyazaki qui jouissent d'une très bonne réputation, tant chez le public que chez les critiques cinéma. Ses films ont la particularité de transcender les genres et de ne s'adresser à aucun public particulier, et donc de pouvoir toucher tout le monde. De plus, ils sont toujours empreints d'une certaines poésie et d'une importante connotation écologique. Par exemple, dans Princesse Mononoke, une partie du scénario concerne la survie de divinités animales garantes de la survie de tout un écosystème menacé par l'industrie des hommes. La poésie qui se dégage de l'ensemble évite au message de tomber dans la démagogie et permet au spectateur de s'évader intelligemment tout en s'assurant un divertissement efficace. L'histoire n'est d'ailleurs jamais manichéenne : aucun personnage n'est totalement bon ni totalement mauvais, à l'inverse par exemple des films de Walt Disney qui mettent en scène des vrais méchants de contes, sans véritable nuance.

Un style graphique séduisant
Si les mangas se démarquent et séduisent tant, ils le doivent aussi par leur style graphique si particulier. L'élément le plus récurrent du chara design est la taille conséquente des yeux (constante inspirée par Osamu Tezuka, qui a été sujette à critiques car jugée caricaturale). Les chevelures des personnages sont souvent très étudiées, essentiellement dans les mangas shônen et shôjo, assurant un chara design original et séduisant faisant partie intégrante du charisme du personnage. Selon les thèmes du manga, les tenues vestimentaires sont plus ou moins étudiées. Par exemple, dans un manga dont l'histoire se déroule dans un lycée japonais, les personnages seront forcément vêtus de leurs uniformes de lycéens. Au contraire, dans le cas d'un manga d'heroic fantasy, les tenues de chaque personnage sont pensées jusqu'au moindre accessoire. Un chara design original assure très souvent un grand charisme au personnage, et le lecteur ou le spectateur est donc plus susceptible de l'apprécier.

Le style dynamique de la mise en page et de la mise en scène des actions est aussi essentiel à l'explication du succès du manga. La bande dessinée franco-belge est organisée en cases de tailles pouvant varier mais tout en gardant une forme rectangulaire. Dans le manga, la seule limite pour la mise en page est l'imagination du mangaka. C'est une technique ingénieuse pour rendre le dynamisme de certaines scènes et donner un style moderne au manga, par rapport au format beaucoup plus strict de la bande dessinée classique.

Le fait que les mangas soient imprimés en noir et blanc (avec parfois des trames) et publiés en format "livre de poche" leur procure à la fois un aspect épuré et une dimension pratique et conviviale. Et pour finir sur un argument purement financier, le format réduit implique un prix faible (en moyenne entre 6 et 7€), tout à fait abordable pour des achats réguliers.

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